Cela fait maintenant deux siècles que les termes de bonapartisme et de césarisme sont indifféremment employés pour qualifier les régimes et les doctrines napoléoniennes.

Mais, s’agit-il de réels synonymes ?

Le césarisme est à l’origine le nom donné au régime politique de monarchie absolue que voulait instaurer Jules César à Rome. Il sera précisé par la suite afin d’en faire une pensée politique centrée sur un chef charismatique, gouvernant pour le bien de son peuple en écartant les pouvoirs intermédiaires. Son caractère absolutiste est tempéré par le lien direct qu’il créé et entretient avec la nation.

Avec le Consulat et l’Empire, le bonapartisme apporte une variante importante au césarisme. Il définit désormais une certaine doctrine, toujours centrée sur un chef, mais en personnalisant de plus en plus cette fonction : tout d’abord Bonaparte, Napoléon puis sa famille, dans le respect des senatus-consulte. Surtout, le bonapartisme rajeunit la figure césariste en lui enjoignant quelques cadres fixes : l’appel au peuple, l’ordre, l’autorité, la souveraineté (nationale et populaire), la diffusion des idées révolutionnaires, le progrès social, la grandeur de la France, la personnalisation du pouvoir avec un chef qui utilise systématiquement le plébiscite, la glorification de l’armée….

Après 1870, le bonapartisme survit électoralement et idéologiquement puis s’atténue rapidement, jusqu’à disparaître quasiment de la vie politique française. Après 1879, l’espoir de restauration dynastique n’existe presque plus. La famille Bonaparte se déchire. Les prétendants n’en sont plus réellement.

Alors, le césarisme – sans connotation napoléonienne – revient sur le devant de la scène. Ce seront les expériences – heureuses ou malheureuses – du général Boulanger, de la Ligue des Patriotes, des ligues (Taittinger, de la Rocque) des années trente, du général de Gaulle…

Est-ce encore du bonapartisme ? Souvent oui en raison des idéaux proclamés. Parfois également dans la " mise en scène ", dans l’apparence (un général sauveur de la nation), dans la filiation (Taittinger n’était-il pas un ancien député bonapartiste ?). Mais, le césarisme nouveau se détache fortement du bonapartisme en ce sens qu’il écarte toute question d’hérédité.

Et France Bonapartiste, comment se place-t-elle dans cette optique ? Assurément, FB est bonapartiste. Pourtant, bien des militants sont césaristes avant tout, partisans des notions d’ordre, d’autorité, de social, de démocratie directe…, parfois mâtinés de références historiques napoléoniennes. Mais comment être encore bonapartiste, c’est-à-dire attaché à une famille lorsque les héritiers biologiques eux-mêmes refusent de s’impliquer politiquement ? Comment rester fidèle à des " prétendants " qui eux, ne le sont pas aux idées du fondateur de la dynastie. Comment militer pour des " chefs " qui ne se mettent pas à la tête du mouvement.

La notion même de bonapartisme implique que le chef – sur qui tout l’édifice repose – entraîne ses troupes, les mène au combat, aiguille leur pensée, les reçoive, les motive…

Sans cette ardente obligation d’implication forte du chef, sans signe évident de la " dynastie ", le bonapartisme redevient du césarisme. N’est-ce pas ce que nous vivons actuellement ? L’avenir nous le dira.

Sébastien Marguet-Rédacteur en chef de L’Abeille Comtoise