Depuis quelques jours maintenant, les sondages donnent le " NON " à la ratification du Traité instituant une Constitution européenne en tête. Méfions-nous de ces chiffres qui ne veulent rien dire, et qui nous ont déjà réservé des surprises (plus souvent mauvaises que bonnes) par le passé. Ils ne doivent pas inciter les partisans du " NON " à se reposer sur leurs lauriers, mais au contraire, ils doivent les encourager à continuer et même amplifier leur action.

Dans le camp du " OUI ", en revanche, la pagaille la plus complète règne. Bien pires que les querelles de personnes et les divergences de partis, la faiblesse des arguments nous fait frémir.

Trahissant le fameux flegme des sujets de Sa Très Gracieuse Majesté, M. MacShan, ministre délégué aux affaires européennes britannique a qualifié de " néo-cons " (sic) les partisans du " NON ", et ce, en présence de son homologue française, Mme Haigneré qui n’a pas cillé.

Que dire, par ailleurs, de ces " gaullistes " qui prétendent que le Général aurait voté " OUI " à ce Traité ? Ont-ils fait tourner les tables ou bien ont-ils tiré les cartes ? Il est toujours plus que hasardeux de faire parler les morts, aussi illustres fussent-ils.

Hélas pour la Démocratie, les exemples se multiplient. Mais, outre les arguments à la pertinence plus que douteuse et les insultes, ce sont les admonestations émanant des partisans du " OUI " qui nous stupéfient le plus.

En effet, on entend à loisir que voter " NON " serait une catastrophe, qu’il n’y a pas d’autre solution possible, et que l’Europe n’y survivrait pas. A les entendre, l’extinction des dinosaures il y a 65 millions d’années a été provoquée par la victoire du " NON " à la ratification d’une Constitution européenne préhistorique.

Seulement, c’est au Peuple de décider ce qui est bon pour la France, puisque c’est lui qui est consulté. Plutôt que la voie référendaire, il eût fallu pour imposer le " OUI " (puisque le " NON est tellement nocif !) que la Loi de ratification fût adoptée par la voie parlementaire.

Mais, à partir du moment où c’est la consultation du Peuple qui a été choisie par le Président de la République, conformément à l’esprit de la Constitution du 4 octobre 1958, il est totalement illégitime d’utiliser de tels arguments qui reviennent à nier l’avis du Peuple.

Pour lutter contre cette attitude, et pour faire vivre le principe de notre République énoncé dans notre Constitution (au passage, comparons la merveilleuse rédaction et la brièveté de ce texte au volapük intégré et au nombre pléthorique de pages de la Constitution " Giscard ") : Gouvernement du Peuple, par le Peuple, pour le Peuple, votez " NON " le 29 mai 2005.

Jérémy LAPERTOT.