D'impérieux choix.

A l'heure où nos politiques prennent le répertoire de bêtes de scène dans le but assez maladroit de redonner du courage, de la motivation et de l'optimisme à un peuple qui en a assez d'abstrait et de formules à l'emporte-pièce, il serait temps de se demander ce qui empêche le-dit peuple de se réveiller et de demander des comptes à ceux qui sont sensés le représenter.

Lorsque nos élus, devant représenter nos intérêts les plus profonds, nous expliquent qu'adopter certaines attitudes est soit bénéfique, soit néfaste pour notre avenir, ils commettent une erreur de jugement. Est-ce la manière d'aborder un sujet de société qui est problématique ou bien son contenu ? La pilule sera meilleure à avaler si l'on vous dit qu'elle a un bon goût avant de vous prévenir de son contenu, plus écœurant ? En théorie, bien entendu, puisque les médicaments pour enfant sont aromatisés et que cela fonctionne très bien, au point que l'on fait pareil pour les adultes. Sauf que pour notre avenir de nation, de puissance – même moyenne ! – et de peuple, la coupe est pleine et peu importe l'arôme choisi, cela ne passe plus.

En fait, sans l'insulter, le Français moyen se comporte toujours en enfant : il vote, ou ne vote pas, pour un ensemble de personnes à qui il délègue une mission, à savoir gouverner une collectivité territoriale quelconque pour un temps défini. Mais, à la fin du mandat alloué, il peut être pris de colère en estimant que ses intérêts n'ont pas été respectés, qu'il n'a pas été écouté et il renvoie les infâmes autistes dans leurs foyers. Un sport que les Français pratiquent avec zèle depuis la fin des années 1980. Une valse abracadabrante qui pose même des interrogations, à savoir s'il y a encore des différences majeures entre nos partis politiques ! En fait, le problème n'est pas de savoir ce que tel ministre ou tel parti a fait, mais plutôt de savoir où les décisions importantes sont prises. Constat navrant, le petit Français ne sait alors plus trop où regarder, car il ne comprend pas entièrement ce qu'on lui explique et s'en prend à ceux qui parlent sa langue, ceux qui gesticulent dans sa télé, vocifèrent dans sa radio et écrivent dans ses journaux. Bref, à ceux qui commencent à être irresponsables, car coupables d'avoir délégué leurs prérogatives à une institution supranationale.

Au nom d'une impérieuse raison d'Etat, connue de tous et secrète pour personne, qui se joue du pouvoir souverain de peuples entiers (le Français a des voisins !), on abandonne, on lâche, on remet… Le petit Français n'y comprend vraiment plus rien et se dit finalement que toutes ces personnes ayant fait de longues et solides études savent bien ce qu'elles font et que ce sera très bien ainsi. De fait, le Français se met aussi à abandonner. Pourquoi ? Car on lui explique que revenir en arrière serait un crime contre le progrès, contre l'Histoire, la logique…

De quels crimes parle-t-on ? De celui de laisser filer la concurrence américaine ? Ce n'est pas en niant nos nations que nous changerons quelque chose au statut de superpuissance économique et financière des Etats-Unis. De laisser les Etats-Unis les seuls décideurs dans les relations internationales ? Mais, même une Europe unie politiquement ne remettrait pas en cause cette situation de fait. Croit-on que des nécessaires et obligatoires compromis négociés entre Européens – alors forcément encore plus consensuels et plus " timorés " – seront une alternative aux oukases de Washington ? En fait, saborder nos nations respectives et les peuples qui en sont les parties souveraines et constitutives ne serait qu'un cadeau et un service rendu outre-Atlantique, pour qu'un interlocuteur unique soit trouvé. Dans le contexte de mondialisation et de libéralisation des échanges (financiers, des marchandises, de main d'œuvre…), que trouver de mieux, de moins contraignant ? Des normes communes pour tout le monde, les mêmes modes de vie (à l'anglo-saxonne s'il vous plaît !), la même " culture ", les mêmes repères et les mêmes espérances… Quel magnifique programme !?!?

On nous déclare aussi qu'on ne peut faire machine arrière sous peine de détruire toute la construction européenne. Rien de plus faux ! Les traités régissant l'Union sont présents et attendre un moment pour réfléchir n'est jamais inutile.

En ôtant toute crédibilité et tout avenir à un NON à la constitution européenne, c'est la possibilité de faire des choix qui est retirée à tous les peuples d'Europe. Cela s'appelle aussi une confiscation de la souveraineté populaire et une atteinte aux libertés fondamentales, propres à tout citoyen. A nouveau les médias européens vont nous servir la même sauce qu'en 1992, en nous exposant les anti-européens et les euroseptiques de tous bords et les pires moralement, en les liant avec je ne sais qui et quoi. Des campagnes de presse niaises et sans goût vont bientôt vendre les mérites d'une Europe fédérale et prendre ainsi l'opinion publique pour la souveraine idiote que l'on va encore rouler ! Nous vendre l'Union Européenne comme une soupe ou un shampooing c'est dire le peu de choix qu'il nous demeure. Et pourtant, c'est bien cela le crime contre l'Histoire que nos gouvernants préparent. Si nous laissons faire, nous nous rendrons coupable d'un crime de complicité.

Notre Histoire est parsemée de personnages qui ont eu le courage de dire NON lors de moments critiques. Sans en faire ici la liste, ils ont souvent été isolés dans leur combat, mais les événements leur ont rendu raison et justice après. Ne l'oublions pas.

" Pêcher par le silence lorsqu'ils devraient protester transformer les hommes en lâches ".